Plus qu’un simple jeu…, par Mokhtar Larhzioui


(Cette chronique a été écrite et publiée vendredi, la veille du match contre l’Angola).
Samedi, nous commençons donc notre aventure africaine, que nous poursuivrons mercredi par un match qui semble être dans nos cordes de gagner – du moins en théorie – avant de rencontrer l’équipe du pays hôte et son public lors d’un match que nous espérons assuré avant même que de l’entamer car « jouer » les Bafana Bafana, ou l’Afrique du Sud, est chose difficile pour plusieurs considérations que les fans de foot, et ceux qui ne le sont pas aussi, connaissent très bien pour ne pas y revenir.
Aujourd’hui nous ne tirerons donc sur rien ni personne, en dehors ou à l’extérieur de la Fédération. Nous ne dirons pas non plus qu’Ali Fassi Fihri est le plus mauvais président qu’ait eu la Fédération de football, pas plus que nous ne parlerons de ces décisions douteuses qui avaient été prises et qui concernaient des affaires particulières au sein de cette équipe qui se trouve maintenant engagée dans la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Nous ne dirons pas que Taoussi doit encore prouver sa compétence pour le poste qui lui a été confié, et que nos joueurs, internationaux ou locaux, doivent à leur tour nous donner des raisons de croire qu’ils méritent de porter le maillot national et de le défendre lors de cette compétition.
Nous ne dirons pas que les gens qui accompagnent la sélection nationale doivent nous montrer de quoi ils sont capables, administrativement parlant, au lieu que de nous montrer uniquement leur immense capacité à toucher les « per diem » qui ont de tous temps représenté leur véritable stimulant. Et nous ne dirons pas enfin que les staffs techniques qui sont du voyage en Afrique du Sud, ceux qui servent à quelque chose et les autres, qui constituent des natures mortes, doivent nous montrer ce qu’ils ont été faire là-bas.
Nous ne dirons rien de tout cela. Nous prenons date et reportons nos commentaires pour attendre la fin de la compétition… Nous n’insisterons que sur le fait que nous sommes un public normal qui soutient son équipe engagée dans un tournoi continental, que nous sommes avec le Maroc, avec ceux qui portent ses couleurs, ceux qui les défendent et les défendront, du moins jusqu’à preuve du contraire. Les gens savent beaucoup de choses sur leur équipe et sur la manière dont elle est conduite, mais ces choses doivent revenir en arrière, doivent être tues, pour céder la place à une seule et unique chose, à une seule et unique acclamation : « Allez les Lions ! ».
C’est vrai, bien que cela ait dit, redit et répété, mais voilà, les Marocains n’hésitent pas le rappeler, encore et toujours : Nul d’entre nous ne souhaite assister de nouveau aux résultats affligeants et aux spectacles encore plus consternants qu’il nous avait été donné de voir lors des dernières phases finales de la CAN… A ces tournois, le Maroc avait réussi à s’inscrire comme le pays le plus délicat, le plus courtois, celui qui sait ne pas trop s’imposer, ne restant que le minimum de temps à ces phases finales, juste une semaine… le pays qui envoie ses joueurs jouer chez les autres, y toucher beaucoup d’argent, sans même qu’ils ne se donnent la peine de venir de temps en temps mouiller le maillot pour leur pays d’origine ni ne nous donner quelque explication sur tous ces millions qu’ils perçoivent pour défendre leur pays qu’ils devraient pourtant défendre sans contrepartie ni condition.
Ils sont nombreux, les joueurs de l’équipe nationale, qui se sont fait un nom grâce précisément à leur pays car avant que quelqu’un les connaisse et que d’autres les convoquent, personne ne savait leurs noms. Leur demander de rendre la politesse à leur pays n’est quand même pas une demande monstrueuse, donc. Plus encore, tout le monde sait l’importance de l’équipe dans le pays et l’intérêt qu’elle suscite chez tous ; tout le monde connaît aussi l’indulgence à l’égard du comportement de certains joueurs, allant parfois même jusqu’à l’idiotie, et rappelons-nous à ce propos qu’un joueur comme Taârabte qui a traité avec condescendance et mépris son équipe, par deux fois, s’est vu proposer encore d’y jouer, par deux fois. Et tout le monde connaît encore les montants consentis pour cette équipe… mais tout cela, au jour d’aujourd’hui, reste sans contrepartie de la part de la sélection.
Nous savons bien donc que les hommes de Rachid Taoussi ne sont pas obligés de gagner la Coupe et de la ramener au pays car l’entreprise, et chacun en convient, est ardue… mais tout le monde attend au moins de les voir faire montre de combativité ; que les gars jouent, et jouent bien, voilà ce qu’on leur demande. Le peuple veut voir des jeunes mouiller leur maillot, se battre, combattre, lutter sur le terrain… Après cela, s’ils gagnent, c’est tant mieux, et s’ils perdent, personne ne leur en tiendra rigueur, bien au contraire, tous les remercieront d’avoir honoré leur pays.
Les Marocains sont des gens normaux ; ils ont essayé la « légèreté » en politique, puis l’ont encore essayé en économie, puis ensuite dans les médias… ils ont tous essayé en matière de « légèreté et de jeux divers ». Aujourd’hui, on parle foot, un jeu qui a des règles connues de tous, des règles éminemment sérieuses qui requièrent du sérieux, et nul n’admettra de voir ces jeunes gens, là-bas en Afrique du Sud, faire joujou de ce jeu, et le prendre avec légèreté.
Cela serait chose inadmissible… Le public s’est presque senti mal en pressentant le salaire que percevait Gerets et dont personne ne sait rien à aujourd’hui encore, sauf qu’il était indécent ; et c’est pour cela que quand leur équipe perd, les Marocains en profitent pour se mettre en colère contre toutes ces choses qu’il ne leur est pas permis de critiquer en temps normal et qu’il n’est pas nécessaire aujourd’hui de ressortir, bien que nul n’ignore…
Le football mérite-t-il autant d’être une revendication populaire, et que toute victoire puisse revêtir autant d’importance – et de sensibilité – pour le public ?
Pour des peuples qui sentent que le seul domaine où il leur est permis de s’exprimer et d’exprimer leurs émotions est le football, la réponse est incontestablement oui. Et donc, de grâce, donnez à ce peuple un spectacle de bon aloi, offrez-lui ce qu’il attend de vous et n’ajoutez pas une déconvenue de plus à toutes celles qu’il connaît en tout et vit partout.
« S’il vous plaît, gagnez cette fois, même sans le faire exprès, même par hasard », et on vous le promet, on sera toujours avec vous et derrière vous. Promis, juré.

11:43
« c’est pour cela que quand leur équipe perd, les Marocains en profitent pour se mettre en colère contre toutes ces choses qu’il ne leur est pas permis de critiquer en temps normal et qu’il n’est pas nécessaire aujourd’hui de ressortir, bien que nul n’ignore… »
Comme quoi la perte a bien des cotés positifs à ce que je vois. Parler de ce qui est en temps normal caché et refoulé!