Maroc : que reste-t-il de la Nayda casablancaise?


France Inter vient de consacrer une émission à la Nayda, associant ce mouvement culturel underground de Casablanca au Printemps arabe. Cliché ou réalité?
«Cela existe encore ça?»
Sur Facebook, les critiques pleuvent. Au cœur de la jungle urbaine de Casablanca, France Inter vient de consacrer une émission à la Nayda, le mouvement culturel underground né dans la cité au milieu des années 2000. Mais les internautes marocains sont loin d’être unanimes sur la signification actuelle que la radio française lui prête:
«Elle fait rêver tout le Maghreb. Effervescente, atypique, bigarrée, caractérielle, extravagante, Casablanca ne laisse pas indifférent et vit depuis quelques années une renaissance culturelle surnommée la Nayda, en référence à la Movida espagnole…Une plongée au cœur de ce mouvement culturel en compagnie de ces jeunes qui incarnent le Printemps Arabe.»
Mais que reste-t-il vraiment de la Nayda? Incarne-t-elle vraiment le Printemps arabe au Maroc? Le cliché n’est-il pas bien en-deça de la réalité?
La Movida? Pas tout à fait…
On compare trop souvent la Nayda à la Movida espagnole des années 70 et 80. La Movida était une fièvre contestataire qui bousculait toutes les conventions politiques, sociales et religieuses. Son credo: les limites n’existent pas en art.
Quant à la Nayda, celle-ci ne s’accompagne d’aucune initiative politique à même de soutenir son effervescence artistique ou si peu. Eclose en terre conservatrice et liberticide, elle est plombée dans son élan par des interdits moraux et sécuritaires beaucoup plus puissants que ceux de l’Espagne post-franquiste.
Un terreau politique aride
Contrairement à la Nayda, la Movida s’est accompagnée d’un changement politique radical avec un passage à la démocratie et un développement économique avec l’entrée de l’Espagne dans l’Europe.
C’est loin d’être le cas au Maroc où le terreau politique est loin d’être fertile pour cette jeunesse avide de liberté et briseuse de tabous. Il risque même d’être encore plus aride à l’avenir avec la montée en puissance des islamistes.
Le Palais, tout aussi réfractaire aux bouleversements sociaux, joue aussi sa partition en canalisant et en cooptant bien des figures de la Nayda, dont la flamme, il faut le dire, vacille déjà depuis des années. Même la presse indépendante qui l’a fait connaître et l’a soutenue n’existe pratiquement plus, laminée par la censure, ou n’y croit plus vraiment…Reste une sympathie partagée par une génération d’agitateurs déjà nostalgiques d’une époque presque révolue.
La Nayda, «un feu de paille»
Des questions quelque peu abordées par l’émission de France Inter qui donne la parole à de jeunes artistes branchés, des cinéastes engagés, des créateurs de mode etc. Tous décrivent avec passion une Casablanca alternative, cosmopolite et résistante où existent malgré tout quelques «banthoustans» où l’on cultive le culte de la transgression.
Paroles d’espoir, souvent trop policées, de la part ceux qui ont symbolisé le mouvement à ces débuts ou de ceux qui l’ont rejoint sur le tard, mais dont le silence assourdissant de certains au plus fort des révoltes arabes a sérieusement écorné leur réputation d’irréductibles et de faiseurs de changement.
D’où les commentaires acerbes des internautes sur leur prise de parole sur France Inter. Sur Facebook, on peut lire:
«Où étaient-ils lorsque le Mouvement du 20 Février est descendu dans la rue? D’ailleurs, ils n’en disent toujours rien!»
Ou encore:
«La Nayda, c’est un feu de paille, finie, récupérée par le roi qui a financé ses leaders et tué dans l’œuf la nouvelle scène avec Mawazine (le festival de musique de Rabat, Ndlr), sans parler de tous ces artistes, hier grandes gueules et maintenant convertis au chant patriotique… »
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