Le sport au Maroc est-il sur la voie de la débâcle sportive ?, par Bilal Talidi


La stupeur et la déception suite aux résultats de l’équipe nationale de football ne se sont pas encore estompés et voilà que la réputation du Maroc se trouve ternie dans la « mère de tous les sports », l’athlétisme, après l’implication de trois athlètes dans des affaires de dopage, des athlètes qui représentaient les espoirs de la Fédération de ramener des médailles olympiques.
Ainsi, après la gloire passée de notre athlétisme national, et le passage de champions hors du commun, les Olympiades 2012 sonnent comme un signal d’alarme, voire comme un indicateur de l’entrée de cette discipline dans la tourmente, une tourmente qui peut se transformer en véritable débâcle.
Le ministère et la Fédération auraient pu et dû prendre conscience de ce qui allait se produire après que, voici trois semaines seulement, le Maroc eût perdu trois de ses athlètes pour dopage. Il aurait été salvateur que notre pays dispose d’un arsenal juridique et renforce ses structures sportives afin de pouvoir contrer ce fléau destructeur qui s’abat sur notre sport national. Las… pas de loi anti-dopage, et la Fédération a échoué dans sa mission consistant à créer une agence de lutte contre le dopage et un laboratoire de détection de produits dopants. Et ainsi, le scandale s’est produit, la réputation du pays en a été sérieusement atteinte et le capital accumulé par le Maroc dans le domaine a été mis à mal.
Bien évidemment, le Maroc et son peuple ne sont pas fatalement condamnés à accepter et à tolérer ces chocs et ces déceptions répétées ; la politique sportive doit être soumise au contrôle et les décisions prises doivent être justifiées, car à l’ère de la nouvelle constitution, tout responsable doit rendre des comptes et toute décision prise doit aller dans le sens de la grandeur et de la réputation de ce pays, tant à l’intérieur des frontières qu’à l’étranger.
Le problème est que la Fédération royale marocaine d’athlétisme a anticipé ce contrôle et a imputé l’entière responsabilité de ce qui s’est produit aux athlètes eux-mêmes, les menaçant de poursuites judiciaires et de lourdes amendes. La Fédération considère avoir accompli sa tâche en accordant tous les moyens requis pour des Olympiades réussies. Pour sa part, le ministre de la Jeunesse et des Sports n’a pas tenu le choc au départ, refusant de croire que l’athlétisme national ait pu tomber dans le piège du dopage, pensant d’abord à un complot ourdi contre le Maroc et son athlétisme, avant de revenir et de promettre sur France Presse une réaction forte contre les athlètes indélicats.
Aujourd’hui, il faut comprendre une chose, c’est que le peuple marocain ne peut plus encaisser ces chocs successifs, de même qu’il n’est absolument pas disposé à admettre cette politique de dénégation et de rejet des responsabilités sur les autres, ni ces échanges d’accusations entre la Fédération et le ministère.
Il existe un problème dans la maison de l’athlétisme au Maroc ; pour certains, ce malaise émane de l’autoritarisme qui marque le sport au Maroc, pour d’autres, il provient de ce mélange des genres entre la tutelle et les différentes fédérations et, enfin, une troisième catégorie impute ce malaise à une aggravation des dysfonctionnements qu’a connu le sport au Maroc en général dans le passé, et le défaut de prise des décisions qu’il fallait pour créer une rupture avec ce passé.
Quel que soit le diagnostic établi, des décisions aussi urgentes qu’audacieuses s’imposent pour arrêter l’hémorragie et faire du sport un domaine encadré par une politique publique, avec l’ensemble de ses structures et de ses instances soumises au contrôle et à la supervision. Il faut prendre les décisions adéquates pour sauver le sport et, avec lui, la réputation et l’image du pays.
Ce qui s’est produit à Berlin, puis à Londres, montre que le problème ne se situe pas seulement au niveau de l’athlétisme, et même pas au seul niveau du sport, mais bien au niveau de l’image internationale du Maroc. Cela signifie que la décision de sauver le sport et de le réhabiliter doit revenir au gouvernement, à travers des actes forts qui pourront imposer et s’imposer.
Mais poursuivre ainsi sur cette voie empreinte de laxisme et de rejet des responsabilités pour justifier le maintien des mêmes personnes et des mêmes structures à la tête du sport ne pourra que continuer à produire les mêmes catastrophes qui produiront les mêmes dégâts, essentiellement sur l’image du pays.

11:59
votre article me plait beaucoup et ne fait que refléter la réalité des choses
garder les mêmes personnes a la tête du ministère et la fédération ne fait qu aggraver les choses
merci