Le rituel du Makhzen à rude épreuve…, par Taoufik Bouachrine
En politique, les rituels, les apparences et les us et coutumes ne représentent pas seulement des questions de formes sans signification ou un décorum venu de nulle part… non, chaque type de pouvoir a son ensemble de rites qui font sens et dévoilent la nature du pouvoir qui y est accolé…
Aussi, le débat actuel mené autour de ces « prosternations » devant le roi et, avant lui, l’autre polémique sur le « baisemain » dévoilent la nature des relations unissant le gouvernant et les gouvernés, et représentent un test quant à l’aptitude de chacun à modifier les rapports de forces et s’orienter vers le changement ou, à l’inverse, entériner un fait établi… Et tout cela se produit dans un contexte de printemps arabe et de tout ce qui s’en est suivi.
Ceux qui défendent un statu quo et un maintien de ces rites au nom des traditions marocaines et du prolongement de l’histoire ne comprennent pas que les coutumes que l’on souhaite préserver ne doivent pas entrer dans le jeu du pouvoir et des mécanismes de domination des uns par les autres ; ils n’arrivent pas à admettre que ce qui doit être maintenu du passé ne doit pas influer sur le présent, ni figer et bloquer le changement et l’évolution qui sont les clés de la réussite de l’avenir.
Dans les monarchies européennes, et au Royaume-Uni plus précisément, les traditions perpétuées sont très nombreuses, certaines sont très complexes, mais toutes vont dans le sens du maintien de la coutume et de l’unité de la nation autour de la reine qui règne mais ne gouverne pas, qui dirige l’Eglise mais ne dispose d’aucun pouvoir temporel.
Il n’y aurait absolument aucune honte ni ignominie à voir paraître un dahir royal – ou même un signe du palais – indiquant que le roi actuel n’est en rien responsable des traditions qu’il a héritées de ses (glorieux) ancêtres qui vivaient à des époques où les principes de démocratie, de citoyenneté et de modernité n’avaient pas droit de cité… et qu’il est désormais temps de simplifier et d’alléger ces traditions.
Un milliardaire marocain, habitué de ces cérémonies d’allégeance au palais royal de Rabat (la bey’â), raconte qu’une fois qu’il se prêtait au rituel à lui et à d’autres imposé, un rituel qui ne lui plaisait pas beaucoup, et qu’il se trouvait parmi une foule imposante d’élus, de notables et d’agents d’autorité, il avait marqué un temps d’hésitation avant de se prosterner, et qu’il ne s’était pas vraiment ni entièrement courbé, absorbé dans ses pensées au sujet de cette coutume, alors que le roi était devant lui, chevauchant son blanc destrier… Soudain, un des pages de la cour lui asséna au dos un coup avec un bâton surmonté d’un clou ; notre homme sentit alors le sang couler sous sa djellaba blanche. Il était sorti alors du palais, ravalant sa fierté, un goût de cendre dans la bouche suite à cette humiliation, priant le Seigneur pour qu’il ne se retrouve plus jamais dans cette situation.
Mohamed Bensaïd Aït Idder, le grand nationaliste marocain, a vécu une histoire connue avec le « général de bronze », Moulay Hafid Alaoui, célèbre pour sa rigueur et sa fermeté pour tout ce qui concernait la Tradition, et qui avait insulté, devant Hassan II, l’ancien chef de l’Armée de libération nationale parce qu’il n’avait pas embrassé la main du monarque lors de cette première recnontre, au début des années 80.
A dire vrai, il faut reconnaître à l’actuel roi, depuis qu’il est roi, de n’avoir jamais exigé que l’on se conforme à ce genre de pratiques… Nous pouvons donc voir des gens qui lui embrassent la main, d’autres l’épaule et d’autres encore n’embrassent rien du tout ; mais nous avons pu voir aussi ces flagorneurs qui font du zèle en embrassant la main du roi deux, trois fois, et ceux qui se prosternent jusqu’à approcher leur front du sol, comme certains walis et gouverneurs récemment nommés par le souverain… et dans tous les cas de figure, nous n’avons encore vu personne qui ose, de l’intérieur même du palais, préconiser la suppression de ces coutumes qui ne correspondent plus du tout à notre époque.
En général, les gens n’ont que commisération pour les flagorneurs et autres courtisans, et même le prophète Mohammed s’en méfiait… Aujourd’hui, le monde entier condamne toutes les pratiques qui portent atteinte à la dignité des gens… Aujourd’hui, les coutumes et traditions qui participaient à la grandeur des souverains et contribuaient à leur grandeur sont de nature à égratigner leur image, apportent même de l’eau aux moulins de leurs contempteurs et de leurs opposants… Aussi, il serait dans l’intérêt de tous que le palais s’engage dans une « cure » raisonnable de ses rituels et autres décorums et pratiques encore en vigueur dans nos contrées, en dépit du fait que nos « élites » politiques et administratives soient plutôt rétives à cela et n’accompagnent pas la marche du siècle, préférant garder le temple en l’état, un temple duquel et dans lequel elles se nourrissent et à l’ombre duquel elles prospèrent…



11:39
Vraiment, est-ce cela qui va relancer l’économie ?
On s’attaque à ce qui est insignifiant pour le simple marocain au chômage ! Demandez lui quelle est sa préoccupation, et il vous répondra, le travail ! Il se moque des préoccupations de ces nouveaux parvenus qui, une fois bien nourris rechignent à baiser la main du souverain ! Le marocain moyen n’a pas de complexe à le faire !
13:45
J’ai vu des chefs d’état chrétiens embrasser la main du Pape.
Jamais médias occidentaux n’ont crié au scandale à ce sujet, jamais ils n’y ont vu une coutume sous développée. Jamais médias occidentaux n’ont commenté cette tradition.
J’ai toujours vu mon père baiser la main de son père et celle de sa mère, j’ai toujours vu maman en faire autant avec ses parents.
Dans ma culture, et tel que je le pense côté intellectuel, » il est seul celui qui n’a plus une main à embrasser »
Suis je un sous développé, attardé mental sans fierté et sans orgueil ?
Moi qui n’ai aucun complexe à embrasser la main de Sa Majesté, je ne le crois pas. pensez comme vous l’entendez.
14:23
Mr Socrate,
je suis souvent d’accord avec ce que vous écrivez, mais là, pas du tout!
voici mes raisons:
tant le baisemain que la prosternation ne sont pas de simples actes de respect et d’affection. ce sont surtout des actes politiques. ceci est loin d’être un avis purement personnel: rien qu’en faisant une petite comparaison historique , l’on voit que les actes de ceux-ci n’ont jamais été « innocents ». de la même manière que les rois français faisaient des sanctions pénales une preuve de leur force et de leur puissance ou que les souverains britanniques ont instauré un organe de justice indépendant de la justice ordinaire, ou que les souverains arabes avaient des poètes et des oulémas réservés à peindre la vie en rose, pour eux et pour le peule, le palais a institué cette tradition de baisemain et de prosternation. elle est certainement concordante avec notre culture, avec les preuves de respect et d’affection que nous avons hérité de nos ancêtres. mais le roi est avant tout une institution politique dans ce pays, tout acte qu’il réalise est, par la nature de sa personne, politique.
tout cela pour dire, que non, il ne faudrait pas interdire de montrer toute l’affection possible au roi, mais qu’il ne faudrait pas non plus organiser des évènements, exclusivement, pour lui montrer cette « affection », ni que les touargas du palais induisent aux gens qu’ils doivent se prosterner deux ou trois fois avant de passer devant sa majesté; car dans ces cas, l’affection n’est plus un sentiment, sinon un acte politique. ce qui au final, n’a jamais eu de base juridique, et ne concorde pas avec l’esprit de la nouvelle constitution.
14:27
Que d’hypocrisie! hypocrisie intellectuelle, hypocrisie morale, hypocrisie tout court en parlant de la sorte messieurs Halim et Socratye !
Oseriez vous dire que vous pourriez et sans la moindre hésitation ni arrière pensée baiser la main du premier citoyen du peuple rencontrée, présenté!?
Mieux encore entrer sur les lieux de votre travail et baiser la main de votre chef sans sentir la moindre humiliation !?
Ce sont des rites et en toute honnêteté, qui sont d’un autre age !!!
Je ne pense pas … mais pas une seconde que ça puisse être un quelconque respect pour la personne de sa majesté! On peut être très respectueux de sa majesté, de ce que représente sa majesté sans cette humiliation d’un autre âge … messieurs les défenseurs de l’indéfendable, pas honnête pour un sou, je ne vous dis pas salut!